«Règle d’or » et chape de plomb …

dal nostro compagno François D’Agostino

En ce début du mois de septembre, les médias, tant publics que privés, en Belgique nous abreuvent de déclarations stupéfiantes sur des sujets aussi variés et passionnants que le régime fulgurant d’une personnalité politique du nord du pays ou encore les problèmes de santé d’une « idole des jeunes » maintenant cacochyme. Tout ça dans les gros titres des journaux, et en reléguant le plus loin possible ou en n’offrant pas le traitement mérité (c’est-à-dire en donnant également l’opportunité à des voix autres que celles des laudateurs du capitalisme d’exprimer leur point de vue) à des sujets réellement importants. Et l’adoption du Pacte Budgétaire Européen (officiellement Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance ou TSCG), ne semble guère éveiller l’intérêt des journalistes, si ce n’est pour en louer les dispositions, telle le Mécanisme Européen de Stabilité (MES) . Il suffit de jeter un coup d’œil au « Soir » en ligne du 12 septembre qui consacre un article au feu vert donné par la Cour Constitutionnelle Allemande au dit MES, intitulé « L’Allemagne dit « oui » au sauvetage de l’euro »[1]. Sonnez tambours et trompettes, braves gens, vous êtes sauvés ! On ne peut qu’être perplexe devant de telles déclarations, oubliant de rappeler quelle est la teneur de ces « pactes », « mécanismes », et autres traités où le citoyen se perd, sans trop savoir ce qu’ils impliquent

Parmi ces mesures passées dans nos assemblées dans un semi-secret, l’inscription de la « Règle d’or » budgétaire dans les Constitutions Nationales, constitue une violation fondamentale des principes démocratiques auxquels se disent tant attachés les dirigeants européens et nos élus nationaux ou régionaux. Comme le disait Nico Cué dans son interview parue dans le Drapeau Rouge précédent[2] « si la règle d’or est inscrite dans la constitution, on pourra véritablement parler de changement de régime et de confiscation de la démocratie (…) ». Sans fracas, on assiste en fait à une sorte de coup de force ultralibéral, antidémocratique et qui va durement peser sur les épaules des peuples d’Europe, mais aussi du monde, ce genre de dispositions ne faisant que renforcer la puissance des grands groupes financiers et des organismes supranationaux (FMI, etc.) qui ont trouvé au sein des institutions européennes de fidèles serviteurs.

Le 7 septembre, la Commission Européenne rejetait le projet d’initiative citoyenne soutenue par le PGE et de nombreux syndicalistes et progressistes de créer « une banque publique européenne financée par la BCE et la taxation des transactions financières »[3], destinée à l’investissement dans les services publics et des projets durables, au service du plus grand nombre. Au-delà des critiques formulables dans ses modalités et son contenu, ce projet était en mesure de recevoir l’appui d’un nombre important de progressistes partout en Europe et permettait de faire campagne contre l’austérité délirante imposée par la Commission Européenne , tout en faisant la promotion d’alternatives concrètes faisant barrage à la catastrophe qui se prépare (et se produit déjà en Grèce, en Espagne,…). On ne peut donc s’étonner du refus opposé par la dite commission. Une preuve de plus du mépris total des populations au plus haut sommet de l’Union… Le combat doit donc continuer, sous une autre forme, susceptible elle aussi de rassembler la gauche (les gauches ?) autour d’un projet anti-austéritaire et- qui sait ?- anticapitaliste…

A ce propos, on ne saurait trop conseiller la lecture du livre d’Olivier Bonfond, économiste et conseiller au CEPAG, intitulé « Et si on arrêtait de payer ? 10 questions/réponses sur la dette publique belge et les alternatives à l’austérité », qui vient de sortir aux éditions Aden[4]. Dans cet excellent ouvrage très pédagogique, l’auteur cherche dans une première partie à « comprendre la dette » et son impact sur notre pays, au travers de l’histoire mais également en la mettant en relation avec d’autres cas. La deuxième partie nous présente des pistes pour combattre la dette et ses conséquences funestes, là aussi en s’appuyant sur des expériences récentes (ou non, d’ailleurs) et en invitant à réfléchir à des alternatives. Un livre fort intéressant, qui sera bien utile à toutes et tous en cette rentrée pour préparer les luttes à venir !

 



[1] http://www.lesoir.be/actualite/monde/2012-09-12/l-allemagne-dit-oui-au-sauvetage-de-l-euro-937261.php

[2] Nico Cué dans L’invité du DR, propos recueilis par F. D’Agostino, in Drapeau Rouge n° 36, juillet-août 2012, p.5.

[3] Pierre Laurent, « Seules les banques sortent victorieuses du Sommet européen », communiqué du PGE.

[4] Olivier BONFOND, Et si on arrêtait de payer?10 questions/réponses sur la dette publique belge et les alternatives à l’austérité, coédition du CEPAG et du CADTM, 224 p., aux éditions Aden, 12euros.

 

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